Literatura, Poesia

Jacques Darras: Léon Spilliaert contesta a sus críticos

enero 2, 2014

«Léon Spilliaert contesta a sus críticos»

Desde que descubrí el Mar del Norte hago que represente un papel retrospectivo.
Lo insinúo por doquier.
Lo hago deslizarse silencioso por mis recuerdos.
Lo hago penetrar muy lejos dentro de las tierras del continente.
Me paseo permanentemente por la playa.
¿Me ven en la calle?
Soy yo, caminando por una acera parisiense, de Lille o de Bruselas, avanzando de frente como lo hacen los paseantes naturales, urbanista soñador que da la impresión de mirar ante sí mismo, de saber a dónde va.
Es verdad, sé donde voy.
Lo que no ven sin embargo, cómo podrían verlo, es que, en el momento exacto en que me dispongo a cruzarme con ustedes, no les saludaré, con perdón, no reconozco a nadie, soy distraído tengo siempre los ojos en la lejanía, en el mismo segundo de nuestro encuentro, seré seguido por el mar.
El mar me sigue, me acompaña, sí.
No pongan esos ojos.
Escúchenme, no me miren.
Escúchenme.
En plena multitud ciudadana, a mediodía, camina el mar detrás de mi.
A veces se me adelanta.
Me supera, con una ola un poco más fuerte.
Apenas visible, la ola avanza, se aplana, se evapora.
Ligero chisporroteo.
Noto que me rodea, que me envuelve,
En plena ciudad.
Podrían ustedes, podríamos bañarnos todos en el mismo elemento.
Con la condición de haber realizado el esfuerzo más difícil, empezar volviendo al lugar de donde venimos.
Todos venimos del agua.
Una ola nos lleva, se nos lleva, en un rompimiento más o menos inmediato.
Más o menos concentrado en sí mismo.
Nuestra vida nuestro caminar son desarrollo de un movimiento sobre uno mismo.
Déjense llevar en su camino por el agua que está detrás de ustedes.
Dejen que los adelante.

Dejen que represente hasta el final su movimiento acuático.
Dejen que los envuelva en alta mar.

Oh paradoja.
Es la pequeñísima Bélgica la que me dio ese sentido del mar adentro.
De vecindad con la alta mar.
Ese sentido de desbordamiento inmediato.
Yo, en el marco, camino.
Me veo que, me ven que.
Estoy caminando.
En mi mirada se nota mi decisión.
¿Qué es lo que lleva mi mirada?
Mi cuerpo.
¿Y mi cuerpo?
El movimiento, la onda de movimiento que se crea con mis pies.
¿No es acaso una imagen súbita, un cambio de pie, como el que hacen los deportistas los poetas?
¡Por supuesto, una fingida imagen poética!
¡Naturalmente, un fallo del espíritu en el espacio!
Mejor materializarla, alargarla en el sentido de su extensión, a ella.
A la ola de la marcha, hela aquí a mis pies, por cierto.
Mírenla cómo sobrepasa al menos en un punto la punta de mi zapato.
La imágenes marinas siempre desbordan un poco.
Se extienden, no pueden abstenerse de progresar.
El mar no tiene frenos.
La luna, quizá.
A mí me gustan las lunas líquidas.
Luego avanzo por la calle como por la orilla de una playa.
En Ostende, Knokke o de Panne.
¿Cómo se llama mi zapatero de olas? me preguntan.
¿Dónde podemos encontrar la misma marca?
Capto muy bien la sal de la ironía.
Déjenme darles su nombre, se llama Spilliaert.
Léon Spilliaert.
Léon es un nombre que da un poco de risa, ya lo sé.
Por qué no vemos ya el león en Léon, porque los leones ya no están de moda, no lo sé.
Melenas de león melenas de olas, en las imágenes también hay modas.
Hay asociaciones que ya no se pueden hacer.
La animalidad de la naturaleza continúa el artificio.
Hay que adaptar al paso de la moda el arte de caminar.
¡Vean cómo tomé precauciones para salir del mar inmediatamente!
Nada fácil tener buena facha ¿verdad?
Nada evidente colocar al Mar del Norte, y menos aún a Bélgica, en el poema.

¿Atrevido, no?
Críticos de crines criterios arrastrándose por tierra ¿resulta o no moderno en vuestras playas?
Ellos: Vuestro Mar del Norte se remonta al menos a 1908, nos parece un poco superado descalzado.
Yo: El mar es una arruga sin arruga, las rocas se erosionan, el mar no envejece.
Ellos: ¡Resulta glacial un Spilliaert, si me baño en él, me pillo un catarro, brrr!
Yo: Recordad el «Retour du Bain Volver del Baño», con sus siete hombrecillos desnudos corriendo a calentarse sobre la arena mientras gesticulan con los brazos, ese de ahí arriba, a la izquierda, soy yo.
Ellos: ¿Qué edad tenía?
Yo: No había nacido aún, hay que creerme bajo palabra.
Ellos: ¿Quiere usted inventar una nueva forma de arte?
Yo: Sí, como marchamos hacia al mar la marcha de la palabra, los elementos sólo están ahí para acompañarnos, apoyarnos, ponernos a prueba.
Ellos: Ostende no ha aguantado mucho desde principios de siglo.
Yo: Desde La Maya hasta La Haya, una sola línea de partición, el mar la arena. Aquellos que saben instintivamente que una playa sube, que este y oeste están a cada lado de una larga perpendicular Norte Sur y que el horizonte es vertical, esos calzan el mismo número que Spilliaert.

Jacques Darras

Traducción, Prólogo y Notas de Miguel Veyrat – Madrid, 2004.

Recogido en «Antología Fluvial»
Calima Ediciones – 2006©
ISBN 9788496458185

Poema original en francés:

«Léon Spilliaert répond à ses critiques»

Depuis que j’ai découvert la Mer du Nord je lui fais jouer rôle rétrospectif.
Je l’insinue partout.
Je la fais se glisser sans bruit dans mes souvenirs.
Je la fais rentrer très loin à l’intérieur des terres du continent.
Je me promène en permanence sur une plage.
Vous me voyez dans la rue?
C’est moi, marchant sur un trottoir parisien, lillois ou bruxellois, avançant de face comme font les promeneurs naturels, urbain rêveur donnant l’impression de regarder devant lui, de savoir où il va.
C’est sûr, je sais où je vais.
Ce que vous ne voyez pas cependant, comment le verriez-vous, c’est que, dans le moment même où je m’apprête à vous croiser, je ne vous ferai sans doute pas bonjour, excusez-moi, je ne reconnais personne, je suis distrait j’ai les yeux toujours au loin, à la seconde même de notre croisement je serai suivi par la mer.
La mer me suit, m’accompagne, oui.
Ne faites pas ces yeux-là.
Écoutez-moi, ne me regardez pas.
Écoutez-moi.
En pleine ville pleine foule, à l’heure de midi, je suis suivi par la mer.
Parfois c’est elle qui me devance.
Me dépasse, d’une vague un peu plus forte.
À peine visible, la vague avance, s’aplatit, s’évapore.
Léger grésillement.
Je la sens qui m’entoure, qui m’enveloppe.
En pleine ville.
Vous pourriez, nous pourrions tous nous baigner dans le même élément.
À condition d’avoir fait cet effort le plus difficile, commencer par revenir là d’où nous sommes venus
Nous venons tous de l’eau.
Une vague nous porte nous emporte, à déferlement plus ou moins immédiat.
Plus ou moins concentré sur lui-même.
Notre vie notre marche sont déroulement d’un mouvement sur lui-même.
Laissez-vous porter dans la marche par l’eau qui est derrière vous.
Laissez-la passer devant.
Laissez-la jouer jusqu’au bout son mouvement d’eau.
Laissez-la vous entourer de large.
Ô le paradoxe.
C’est la toute toute petite Belgique qui m’aura donné ce sens du large.
Du voisinage avec le large.
Ce sens du débordement immédiat.
Moi dans le cadre, je marche.
Je me vois qui, vous me voyez qui.
Suis en train de marcher.
Mon regard porte ma décision.
Qu’est-ce qui porte mon regard?
Mon corps
Et mon corps?
Le mouvement, l’onde du mouvement que je génère avec mes pieds.
N’est-ce pas une image tout à coup, n’est-ce pas changement de pied comme en font les sportifs les poètes?
Bien entendu, une feinte l’image poétique!
Bien sûr, un défaussement de l’esprit dans l’espace!
Autant la matérialiser, l’allonger dans le sens de l’étendue, elle.
L’onde de la marche, la voici à mes pieds justement.
Regardez-la qui dépasse d’une bonne pointure la pointe de ma chaussure.
Les images de mer débordent toujours un peu.
S’étalent, ne peuvent pas s’empêcher de progresser.
Il n’y pas de frein à la mer.
La lune, peut-être.
Moi j’aime mes lunes liquides.
Donc j’avance dans une rue comme en lisière d’une plage.
À Ostende, Knokke ou de Panne.
Quel est le nom de mon chausseur de vagues, demande-t-on ?
Où peut-on se procurer la même marque?
J’ai tout à fait saisi le sel de l’ironie.
Laissez-moi vous donner son nom, il s’appelle Spilliaert.
Léon Spilliaert.
Léon est prénom qui fait un peu rire, je sais.
Pourquoi ne voit-on plus le lion dans Léon, pourquoi les lions ne sont plus à la mode, je ne sais pas.
Crinières de lion crinières de vagues, il y a des modes dans les images.
Il y a des associations qu’on ne peut plus faire.
L’animalité de la nature suit l’artifice.
Il faut s’adapter au pas de la mode dans la manière de marcher.
Voyez comme j’ai pris mes précautions pour sortir de la mer à l’instant!
Pas facile la bonne dégaine, n’est-ce pas.
Pas évident de placer la Mer du Nord, moins encore la Belgique, dans le poème
Osé, non?
Critiques à crinières critères traînant par terre, fait-il moderne ou pas sur vos plages ?
Eux: votre Mer du Nord remonte au plus tard à 1908, nous semble un peu dépassée déchaussée.
Moi: la mer est une ride sans ride, les roches s’érodent, la mer ne vieillit pas.
Eux: c’est glacial un Spilliaert, je m’y baigne, j’attrape ma congestion brrrr!.
Moi: vous vous rappelez le « Retour du Bain », les six sept petits bonshommes nus qui courent se réchauffer sur le sable en faisant de grands gestes avec les bras, celui tout en haut à gauche, c’est moi.
Eux: quel âge aviez-vous?
Moi: je n’étais pas né, il faut me croire sur parole.
Eux: voulez-vous inventer une nouvelle forme d’art?
Moi: oui, comme on marche à la mer la marche à la parole, les éléments ne sont là que pour nous accompagner, nous soutenir, nous mettre à l’épreuve.
Eux: Ostende n’a pas tellement bien tenu le coup depuis le début du siècle.
Moi: de la Maye jusqu’à la Haye une seule unique ligne de partage, la mer le sable. Ceux qui savent d’instinct qu’une plage monte, qu’est ouest sont de chaque côté d’une longue perpendiculaire Nord Sud et que l’horizon est vertical, ceux-là ont la pointure Spilliaert.

Jacques Darras

Nació el 11 de diciembre de 1939, en Bernay-en-Ponthieu, cerca del Canal de la Mancha, Francia.
Actualmente es el presidente de «Marché de la poésie».

*La imagen es un óleo de Léon Spilliaert

También de Jacques Darras en este blog:

«Jacques Darras: Nombrar Namur – 1, de Arqueología del Agua»: AQUÍ

«Jacques Darras: El olvido en Arqueología del agua»: AQUÍ

«Jacques Darras: Nombrar Namur – 3, de Arqueología del agua»: AQUÍ

«Jacques Darras: Carta a Elena (2)»: AQUÍ

«Jacques Darras: Posición del poema»: AQUÍ

«Jacques Darras: Arqueología del agua – Preludio»: AQUÍ

Jacques Darras: Jacques D’Amiens, de Arqueología del agua»:AQUÍ 

Otras traducciones de Miguel Veyrat en este blog:

 «Recordando a Martine Broda»: AQUÍ

«Poema del día: El dios abandona a Antonio de Konstantin Kavafis»: AQUÍ

«Poema del día: Sin más peso de Giuseppe Ungaretti»: AQUÍ

«Poema del día: La unión libre de André Breton!: AQUÍ

«Jacques Darras: Posición del poema»: AQUÍ

Jacques Darras: Arqueología del agua – Preludio: AQUÍ

«Poema del día: Pradera de Paul Verlaine»: AQUÍ

«Poema del día: Coloquio sentimental de Paul Verlaine»: AQUÍ

«Poema del día: El durmiente del valle de Arthur Rimbaud»: AQUÍ

«Arthur Rimbaud: Las Primeras comuniones»: AQUÍ

«Martine Broda: In memoriam»: AQUÍ

«Philippe Jaccottet: A una joven madre, de Pensamientos bajo las nubes»: AQUÍ

«Philippe Jaccottet: El poeta tardío, de Pensamientos bajo las nubes»: AQUÍ

«Philippe Jaccottet: Pensamientos bajo las nubes»: AQUÍ

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